Spleenysphère

Garde-fou.

Lundi 18 Juin 2007 à 12h01

Quand j'ai le spleen, allongée sur mon lit, souvent en train de lire un roman, je n'ai qu'une envie, persistante : me lever, aller attraper la boîte cachée sur le dessus de mon armoire, l'ouvrir, décacheter le paquet de tabac, m'enivrer dans un premier temps de cette odeur singulière que je ne reconnaissais pas auparavant mais qui est aujourd'hui si imprégnée en moi que je crois parfois la respirer dans la rue.
Je voudrais ensuite émietter la résine à l'aide de mon briquet, sortir une feuille du paquet OCB, rouler la chose, l'allumer, tirer... partir.

Pourtant je ne le fais jamais. Je me contente d'imaginer cette scène, bien scrupuleusement, posant mon livre sur le lit et revivant avec rigueur cette inspiration, la sensation au bord des doigts...

La dernière fois que j'ai fumé, il y a bien longtemps désormais, je m'étais allongée sur le garde-fou de ma terrasse, un bras pendant dans le vide, l'autre étendu sur les tuiles, et c'était comme si toute la pesanteur du monde était concentrée sur mon corps, à l'exception de mes deux bras !
Toute l'attraction terrestre pesant sur mon seul corps... C'était vraiment étrange...
Je crois que c'est ça que j'aime là-dedans : l'inédite sensation corporelle vécue.

Le fait que je ne me l'accorde pas, ou épisodiquement, contribue aussi à ce désir.
Je ne connais pas à vrai dire les raisons pour lesquelles je « m'inflige » cette privation, mais comme elles sont en moi depuis le début, je ne les juge ni bonnes ni mauvaises, seulement inéluctables.

Je me demande jusqu'où ce désir survivra.
Est-il possible que je passe ma vie à désirer ainsi, de manière passive ?

Je ne ressens pas cruellement l'absence de réalisation. Au contraire, je crois que je n'en ai pas besoin, puisque ce n'est pas comme si je ne savais pas ce qui m'attendait et que les plaisirs de la supputation nécessitaient une réalisation proche ou lointaine, pour comprendre.
Ici, je sais ce qui m'attend, et c'est pourquoi vivre en « rêve » ce moment me satisfait-il également.
En ce sens, fumer effectivement apparaît comme contingent, secondaire.

En revanche, mon imagination m'est, elle, nécessaire.